Namibie: La première présidente du pays est connue
À l’annonce des résultats finaux du premier tour des élections présidentielles en Namibie ce mardi 02 décembre 2024, les populations de Windhoek, la capitale, étaient en liesse. Les messages de félicitations des personnalités affluaient de part l’Afrique et du reste du monde pour saluer l’écrasante victoire (57,31%) de la première femme présidente de la Namibie. Si son élection est un pas pour le deuxième pays le plus inégalitaires au monde après l’Afrique du Sud, elle hérite tout de même d’un régime souvent assimilé aux régimes des partis unique. Je présente les défis immédiats auxquels sera confrontée l’élue des Namibiens dans ce “Point Final” très très démocratique ( générique 😄 ! )

Une femme aux commandes
Netumbo Nandi-Ndaitwah est devenue la première femme élue à la présidence de la Namibie, marquant un moment historique pour ce pays d’Afrique australe. Candidate du parti SWAPO, elle a consolidé sa victoire grâce à une campagne axée sur la continuité et le renouvellement des idéaux du parti au pouvoir. Cependant, l’élection a également mis en lumière des tensions internes au SWAPO, consécutives au décès de l’ancien président Hage Geingob et aux appels pour une réévaluation des priorités politiques.
Après l’euphorie
Loin de l’euphorie, derrière le large sourire de la gagnante couvent les enjeux sociopolitiques et économiques de la Namibie. Afin d’améliorer le climat d’affaires, elle devra œuvrer, entre autres, à redorer l’image du pays sur la scène internationale, car elle est issue d’un parti politique critiqué pour son manque véritable d’alternance. En effet, SWAPO ( The South West Africa People’s Organisation) est au pouvoir depuis l’indépendance du pays il y a trente ans. À certains égards, ce parti ressemble au RDPC du Cameroun, au pouvoir depuis 42 ans. Arrivée au SWAPO à l’âge de 14 ans, la nouvelle présidente âgée de 74 ans pourra s’appuyer sur sa longue expérience de 60 ans de lutte politique.
Ancienne vice-présidente du SWAPO, Nandi-Ndaitwah a un long parcours de militante et de diplomate. Pendant la lutte pour l’indépendance, elle a été liée à des organisations influencées par le communisme, notamment le Komsomol, en Russie, via des échanges soutenus par l’URSS. Son ascension au sein du SWAPO reflète une fidélité à la vision originelle du parti, tout en s’adaptant aux nouveaux défis de gouvernance.
Alternance problématique
Depuis l’indépendance en 1990, le SWAPO a consolidé son pouvoir en s’appuyant sur son rôle historique dans la lutte anti-coloniale. Cela a engendré une culture politique où l’État et le parti se confondent, rendant difficile l’émergence de partis d’opposition crédibles. Bien que le multipartisme existe en théorie, il est affaibli par l’absence de renouvellement au sommet. Des accusations de favoritisme, de corruption, et de contrôle excessif des institutions par le parti dominant peuvent miner les bases d’une démocratie fonctionnelle.
Démocratie d’apparence : Une démocratie sans alternance peut basculer dans ce que j’appelle une démocratie illibérale, où des élections régulières masquent des pratiques autoritaires, telles que l’intimidation des opposants et le contrôle des médias.
Cette situation n’est pas unique à la Namibie. En Afrique australe, des partis historiques comme l’ANC en Afrique du Sud ou le MPLA en Angola se maintiennent au pouvoir grâce à un capital politique hérité de la lutte pour l’indépendance ou contre l’apartheid.
Dans de nombreux autres pays d’Afrique, le multipartisme existe en théorie, mais est entravé par des pratiques antidémocratiques. Le Cameroun, où Paul Biya règne depuis 1982, en est un exemple frappant. Le président et son parti, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), se maintiennent au pouvoir certes avec des élections régulières, mais marquées par des accusations de fraudes, d’intimidations et de répression de l’opposition.
Namibie et Cameroun : des systèmes politiques en miroir
Monopole politique

Au Cameroun, comme en Namibie, le parti au pouvoir contrôle les institutions clés, y compris les médias et l’appareil judiciaire, limitant l’espace pour une véritable compétition politique. L’histoire du parti dominant, qu’il s’agisse du SWAPO en Namibie ou du RDPC au Cameroun, leur confère une légitimité historique qu’ils exploitent pour marginaliser les opposants.
Affaiblissement de l’opposition
En Namibie, l’opposition reste fragmentée et souvent incapable de présenter une alternative crédible. Au Cameroun, l’opposition subit des intimidations, des arrestations arbitraires et un manque d’accès équitable aux ressources électorales.
Élections comme outil de légitimation
Les élections, bien qu’entachées de graves irrégularités, servent davantage à légitimer le pouvoir en place qu’à garantir une transition démocratique. Au Cameroun, des cas de bourrages d’urnes et de modifications des résultats sont régulièrement dénoncés.
Paul Biya, âgé de plus de 90 ans, détient l’un des records mondiaux de longévité au pouvoir. Son régime repose sur une forte centralisation et un système clientéliste.
Les tensions anglophones exacerbent et fragilisent l’économie du pays, mais elles sont souvent utilisées par le régime comme justification pour resserrer le contrôle politique.
Répression de l’opposition
Les figures de l’opposition, comme Maurice Kamto du MRC, sont régulièrement arrêtées ou empêchées de mener leurs campagnes.
Ces deux cas soulèvent des questions fondamentales sur la réalité des démocraties multipartites en Afrique :
- Les élections peuvent-elles vraiment refléter la volonté populaire si elles se déroulent dans un cadre répressif ?
- La légitimité historique de certains partis justifie-t-elle un monopole indéfini ? L’absence d’alternance compromet-elle la vitalité démocratique et le développement économique durable ?
Un modèle politique à revoir ?
L’expérience camerounaise, comme celle de la Namibie, montre que des réformes structurelles sont nécessaires pour garantir la séparation des pouvoirs : une administration électorale véritablement indépendante, un cadre légal protégeant la liberté d’expression et d’association. L’absence d’alternance au pouvoir finit par éroder la confiance populaire et renforce la perception de régimes autoritaires déguisés en démocraties.
L’héritage communiste et les implications géopolitiques
Le SWAPO, historiquement soutenu par l’URSS, conserve des relations symboliques avec des États post-soviétiques comme la Russie. Alors que l’Occident perd progressivement de l’influence en Afrique, la Namibie pourrait potentiellement se rapprocher davantage de la Russie. Ce glissement serait stratégique, compte tenu des ressources naturelles abondantes du pays, notamment l’uranium, crucial pour les partenariats économiques.

AFP Photo/Esther Mbathera via TV5MONDE
Une occasion pour la Namibie de se relancer
L’élection de Nandi-Ndaitwah marque un tournant pour la Namibie. Elle représente une opportunité de redéfinir le rôle du pays sur la scène internationale tout en répondant aux aspirations sociales et économiques de son peuple. Mais cela dépendra de sa capacité à concilier héritage historique et réformes audacieuses. Avec une approche stratégique et inclusive, la présidente pourrait non seulement répondre aux défis internes mais aussi positionner la Namibie comme un acteur influent sur la scène africaine et internationale. Point Final