Syrie : Bachar est tombé, à qui le tour ?

Article : Syrie : Bachar est tombé, à qui le tour ?
Crédit: Des combattants rebelles célèbrent la prise de Damas et la chute de Bachar el-Assad à Damas, le 8 décembre 2024. AP - Omar Sanadiki. Via RFI
17 décembre 2024

Syrie : Bachar est tombé, à qui le tour ?

La chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, après 50 ans de règne familial marqué par des décennies de répression et une guerre civile sanglante, peut être mise en perspective avec d’autres régimes autoritaires en Afrique, tels que ceux d’Omar Bongo au Gabon ou de Mobutu Sese Seko au Zaïre (aujourd’hui RDC). Voici quelques réflexions sur les liens possibles avec le régime de Paul Biya au Cameroun, au pouvoir depuis 42 ans dans ce « Point Final » très très risqué (générique 😄 !)

Le ministre camerounais de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji à Ankara, le 11 avril 2023. © Arman Onal/AFP. Via Jeune Afrique

Le bâillonnement des voix critiques

L’interdiction récente de cinq ONG au Cameroun pour des motifs de « financements illicites » et de « blanchiment de capitaux » pourrait s’inscrire dans un contexte sociopolitique tendu marqué par la répression de voix critiques à l’égard du régime.

À lire : Au Cameroun, cinq ONG interdites pour «financements illicites»

Le gouvernement camerounais justifie cette décision par des soupçons de financement du terrorisme et de blanchiment d’argent, une justification qui soulève des questions. Les montants élevés évoqués (16 milliards de FCFA sur deux ans) et le manque de transparence allégué dans les activités de ces organisations peuvent refléter une volonté des autorités de resserrer leur contrôle sur les structures influentes, notamment celles actives dans la défense des droits humains.

L’interdiction des ONG comme le Redhac, qui critiquent ouvertement les abus de pouvoir et défendent des causes sensibles, pourrait nuire au rôle essentiel joué par la société civile dans la promotion des droits humains et de la démocratie. Cela envoie également un signal dissuasif à d’autres organisations cherchant à dénoncer les injustices.

Pour certains observateurs, ces accusations pourraient être instrumentalisées pour réduire au silence les voix critiques avant les échéances électorales, notamment la présidentielle de 2025.

« Les motifs invoqués sont graves et laissent perplexes.»

Maurice Kamto, chef de l’opposition Camerounaise

Les mécanismes des régimes autoritaires

Les régimes autoritaires se maintiennent souvent grâce à des mécanismes de contrôle centralisé, la répression des oppositions, et une concentration des ressources entre les mains d’une élite. Cependant, comme en Syrie ou en RDC, ces systèmes peuvent s’effondrer rapidement sous la pression de crises économiques, de conflits internes ou d’interventions extérieures. Le Cameroun, bien que relativement stable comparé à ces exemples, connaît des tensions croissantes, notamment avec la crise anglophone et des revendications sociales et politiques.

La longévité au pouvoir est une caractéristique partagée entre Assad, Mobutu et Biya. Cependant, la longévité peut générer de l’instabilité en raison de l’accumulation de frustrations populaires et de l’usure de la légitimité. Au Cameroun, cette usure se manifeste par des revendications pour une alternance politique, exacerbées par l’incertitude sur la succession de Paul Biya.

En Syrie, des sanctions internationales et des interventions externes ont contribué à isoler le régime d’Assad, bien que cela ait prolongé le conflit. Au Cameroun, les critiques internationales sur les droits humains, particulièrement concernant la crise anglophone, augmentent la pression sur le régime, mais sans intervention directe à ce jour. Si la communauté internationale joue un rôle plus actif, cela pourrait accentuer les défis auxquels fait face le régime de Biya.

La guerre civile en Syrie a été un facteur clé dans la chute du régime Assad. Au Cameroun, bien que la crise anglophone soit d’une ampleur différente, elle met en lumière les fragilités du système centralisé. Si cette crise s’aggrave ou si d’autres tensions émergent, cela pourrait affaiblir davantage le régime.

L’opposition et la mobilisation

Maurice Kamto, leader de l’opposition Camerounaise. Président du parti politique « Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) » en pleine campagne présidentielle le 30 Septembre 2018. MARCO LONGARI / @AFP. Via France 24

En Syrie, la mobilisation populaire a été un catalyseur, bien qu’elle ait été suivie par une répression brutale et une militarisation du conflit. Au Cameroun, l’opposition reste morcelée, et les tentatives de mobilisation massive sont souvent réprimées. Cependant, comme l’histoire l’a montré avec Mobutu et d’autres, des mouvements populaires peuvent parfois émerger de manière inattendue et devenir irrésistibles.

La chute du régime Assad en Syrie illustre une vérité universelle : aucun régime n’est éternel, surtout lorsque les frustrations populaires, les crises internes, et la pression internationale convergent. Bien que les contextes soient différents, le régime de Paul Biya au Cameroun n’est pas à l’abri de ces dynamiques. Si des réformes profondes et un dialogue national inclusif ne sont pas engagés, le pays pourrait également connaître des bouleversements politiques majeurs.

Le Cameroun est confronté à des défis sécuritaires majeurs, notamment dans les régions anglophones en crise et face aux menaces de groupes terroristes comme Boko Haram. Ces interdictions pourraient également s’inscrire dans une stratégie de contrôle renforcé sous prétexte de sécurité nationale, bien que cela risque de renforcer les tensions au sein du pays.

L’avenir démocratique du Cameroun

La répression croissante, combinée à l’incertitude sur une éventuelle candidature de Paul Biya en 2025, alimente un climat d’instabilité. Les critiques dénoncent une centralisation excessive du pouvoir et un manque d’ouverture au dialogue démocratique. Cela pourrait exacerber les frustrations populaires, surtout parmi les jeunes, et attiser davantage les divisions sociales et politiques.

Cette situation illustre les défis majeurs du Cameroun : une gouvernance perçue comme autoritaire, des tensions sécuritaires, et une société civile sous pression. Pour apaiser la situation, un dialogue inclusif et une gestion transparente des accusations portées contre les ONG seraient essentiels. Mais dans un contexte où la répression semble se durcir, la capacité des institutions camerounaises à gérer ces crises de manière constructive reste incertaine. Point Final

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