Climat : qu’attend l’Afrique de la COP 29 ?
De Douala, à Dakar, en passant Abidjan, c’est sous une chaleur suffocante que l’Afrique retient son souffle à l’attente des résolutions du 29ᵉ sommet de la Conférence des parties (COP 29). Entre les promesses non tenues des champions en pollution et le laxisme notoire des dirigeants Africains notamment sur les mesures visant à réduire l’activité humaine non polluante, ce souffle risque encore d’être retenu longtemps. Très, très longtemps. Pendant ce temps, les chiffres ne font que monter la température. Je vous dis tout, dans ce « Point Final » pas de très chaleureux ! (Générique 😄!)

Encore une grande-messe climatique
Encore des promesses. Encore des larmes de crocodile versées sur l’autel du réchauffement planétaire. Depuis 1995, quand Berlin accueillit la première Conférence des parties (COP), nous en sommes à la 29ᵉ édition de ce rituel aussi solennel qu’impuissant. Un quart de siècle à regarder le thermomètre grimper, les glaciers fondre, et les bonnes intentions s’évaporer comme la rosée du matin sous le soleil d’août.
Mais cette fois-ci, c’est différent, nous dit-on. Comme si nous n’avions pas déjà entendu cette rengaine à Paris, à Glasgow, à Charm el-Cheikh. Les mêmes costumes-cravates s’agitent dans les couloirs climatisés – quel paradoxe ! – pendant que le continent africain suffoque. Littéralement.
Les chiffres sont là, implacables comme le désert qui grignote le Sahel. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, 2023, l’Afrique n’émet que 3,8% des gaz à effet de serre mondiaux. Mais elle paie le prix fort de notre boulimie énergétique. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement ne s’y trompe pas : d’ici 2050, 86 millions d’Africains seront contraints à l’exode climatique. Un euphémisme bureaucratique pour dire que des populations entières devront fuir leurs terres ancestrales. D’après le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Afrique pourrait connaître des pertes de 3 à 4% de son PIB annuel d’ici 2030, en raison des impacts du changement climatique. Les écologistes, ces Cassandre modernes, n’en dorment plus. Bill McKibben, le fondateur de 350.org, hurle dans le désert depuis des années. Même la très mesurée Christiana Figueres, l’architecte des Accords de Paris, commence à perdre son flegme diplomatique. Le site ClimateActionTracker est formel : nous filons tout droit vers un réchauffement de 2,8°C, au-delà des 1,5°C fixés comme objectif dans l’Accord de Paris.
Les promesses actuelles ?
Du vent, au mieux. Si rien n’est fait – et permettez-moi d’être aussi acerbe que lucide – nous préparons un monde où le Sahara s’étendra jusqu’aux portes de l’Afrique centrale. Les modélisations du GIEC ne laissent aucune place au doute : une hausse de 3°C signifierait la disparition de 30% des espèces vivantes, l’effondrement de 40% des récoltes en Afrique subsaharienne, et des conflits pour l’eau qui feront passer nos actuelles tensions géopolitiques pour des querelles de bac à sable.
Alors, que faire ? L’Afrique a besoin de cash, et vite ! 2,8 milliards de dollars d’ici 2030 pour l’Afrique du Sud, pour s’adapter au changement climatique, nous dit la Banque Africaine de Développement. Une somme colossale, certes, mais dérisoire comparée aux 112 milliards d’euros que l’Union Européenne dépense chaque année en subventions aux énergies fossiles, toujours selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE).
La solution ? Quatre pistes exploitables :
- Premièrement, un transfert massif de technologies vertes vers l’Afrique. Pas des miettes, pas des promesses, mais des usines solaires, des réseaux intelligents, des systèmes d’irrigation économes. L’Afrique a un énorme potentiel solaire – 60% du potentiel mondial – mais les investissements nécessaires pour exploiter cette ressource restent faibles.
- Deuxièmement, une refonte totale des mécanismes de financement climatique. Les pays riches doivent enfin honorer – et dépasser – leur promesse des 100 milliards de dollars annuels. En 2020, seulement 83 milliards ont été mobilisés, loin de l’objectif fixé. Les pays développés, qui ont accumulé une grande partie des émissions historiques, doivent être responsables de cette dette climatique.
- Troisièmement, et c’est peut-être le plus important, une révolution dans notre façon de penser le développement. L’Afrique n’a pas à répéter les erreurs de l’occident. Elle peut – elle doit ! – sauter l’étape des énergies fossiles. Le modèle énergétique alternatif est à portée de main : l’hydrogène vert, l’énergie solaire et éolienne sont des pistes prometteuses qui doivent être encouragées à grande échelle.
- Enfin, quatrièmement, les États Africains devraient cesser de retenir leur souffle en attendant les milliards fantômes des accords des sommets du climat pour prendre l’action climatique à bras le corps; elle dont les accolades font parties des mœurs n’aurait certainement pas du mal avec ça.
Comme disait Léopold Sédar Senghor : « L’universel, c’est le local moins les murs. » Il est temps d’abattre les murs de notre égoïsme climatique. Avant que la nature ne s’en charge. Point Final.