France/Cameroun : Une loi passe, l’autre casse
Tandis que la France connaît une crise politique majeure, pour cause, l’utilisation controversée de l’article 49.3 pour imposer un projet de loi, le Cameroun illustre une tout autre réalité institutionnelle: le chapitre 02 du Code Général des Impôts, inappliqué depuis deux décennies, traverse le paysage législatif sans entraves. Cette disposition fiscale, en dépit des velléités constitutionnelles de 1996 garantissant une possibilité de révision des lois, n’a fait l’objet d’aucune opposition majeure, ni en 2004, année de son adoption, ni le 1er janvier 2023, année de sa mise en application.Décidément les contraires s’attirent. Je vous montre les points communs et les divergences de ce couple franco-Camerounais dans ce “Point Final” très très politique. (Générique ! 😄)

L’article 74 bis du code général des impôts (CGI)
La fiscalité camerounaise opère une mue stratégique : Après deux décennies d’hibernation, l’impôt sur les revenus des personnes physiques (IRPP) fait une résurgence spectaculaire dans le paysage économique national. Le dernier projet de loi de finances révèle une ambition gouvernementale claire : élargir l’assiette fiscale et dynamiser les recettes de l’État.
Cette réforme fiscale, audacieuse et multidimensionnelle, cible un spectre élargi de contributeurs économiques. Au-delà du salariat traditionnel, le dispositif fiscal désormais envisagé embrasse l’ensemble des acteurs économiques : commerçants, agriculteurs, artisans et professions libérales sont sommés de s’intégrer dans ce nouveau paradigme contributif.
Les sources de revenus scrutées par le fisc s’étendent désormais aux patrimoines immobiliers et financiers, transformant cette réforme en véritable instrument de redistribution et de modernisation économique. L’objectif sous-jacent : réduire l’informalité, rationaliser la collecte fiscale et renforcer la capacité budgétaire de l’État camerounais.
Depuis la mise en application au 1er janvier 2023 du chapitre 02 du Code Général des Impôts (CGI) relatif à l’impôt sur le revenu des personnes physiques, un silence assourdissant règne dans le camp de l’opposition. Ce mutisme interroge et soulève des questionnements majeurs sur le rôle et la capacité de contre-pouvoir des formations politiques alternatives.
Dans un contexte pré-électoral hautement volatile, où les élections présidentielles se profilent à l’horizon, cette atonie politique devient symptomatique d’un système démocratique en panne de contradictions constructives. Les populations, désemparées et en quête de perspectives crédibles, semblent livrées à un sentiment d’impuissance et de résignation.
La réforme fiscale, imposée sans débat parlementaire substantiel, illustre la verticalité du processus décisionnel. L’absence de réaction significative de l’opposition traduit soit une forme de résignation, soit une stratégie politique délibérée dont la logique échappe aux observateurs avertis.
L’État camerounais se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, confronté à un dilemme révélateur des dysfonctionnements structurels de sa gouvernance. Au lieu d’entreprendre des réformes structurelles déterminantes – réduction des dépenses publiques, lutte contre la corruption endémique, optimisation des ressources administratives – le pouvoir en place opte pour une stratégie de ponction fiscale sur des populations déjà étranglées par une conjoncture économique particulièrement anxiogène.
Contexte économique camerounais
– Taux d’inflation galopant dépassant les 4,9%.
– Pouvoir d’achat en chute libre.
– Précarité économique généralisée.
– Coût de la vie en augmentation exponentielle.
– Maintien de trains de vie administratifs pléthoriques.
– Absence de rationalisation des dépenses publiques.
– Corruption systémique non combattue.
– Taxation comme unique variable d’ajustement budgétaire.
L’État, dépositaire du contrat social, semble avoir perdu de vue sa mission fondamentale : garantir le bien-être de ses citoyens. La taxation aveugle, en lieu et place de réformes structurelles, constitue une rupture du pacte républicain.
L’État camerounais est-il encore en mesure de répondre à ses obligations régaliennes ?

Selon l’opposition, la résurgence de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) cristallise les tensions sociales et révèle les failles structurelles du système fiscal camerounais. Elle pointe du doigt un dispositif potentiellement délétère, susceptible d’asphyxier les couches les plus vulnérables de la population.
De près, ce nouveau dispositif fiscal illustre une approche technocratique déconnectée des réalités socio-économiques, privilégiant une logique comptable au détriment de la justice sociale.
Ce désaccord de l’opposition dans un sac de nouilles : sans bruit, interroge tout de même : sommes-nous face à une opposition clientéliste, absente dans l’hémicycle mais très présente aux débats télévisés du dimanche ?
En France, l’opposition sanctionne le gouvernement

Le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2025 – que j’ai pu obtenir – se présente comme un texte stratégique, répondant aux mutations profondes du système de santé et de protection sociale français. Au-delà des mesures techniques, ce projet de loi traduisait une vision politique de la solidarité nationale. En voici ses grands axes :
– Consolidation des équilibres budgétaires de la Sécurité sociale.
– Recherche de nouvelles marges de manœuvre financières.
– Optimisation des ressources et rationalisation des dépenses.
– Stratégie de soutenabilité économique du modèle social.
Santé :
– Réponse aux défis démographiques (vieillissement de la population).
– Adaptation aux nouvelles problématiques de santé publique.
– Renforcement des dispositifs de prévention.
– Modernisation des infrastructures médicales.
Société :
– Adaptation du système de protection sociale aux mutations économiques.
– Lutte contre les inégalités d’accès aux soins.
– Accompagnement des populations fragilisées.
– Personnalisation des parcours de santé.
Ce PLFSS 2025 s’inscrivait dans une dynamique de transformation systémique, entre nécessité de préservation du modèle social français et impératifs d’adaptation aux réalités contemporaines. En somme, un ensemble de mesures visant à améliorer les conditions de vie des populations de tout bord et de toutes les catégories sociales et professionnelles.
Ce qu’il ne fallait pas faire
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, porté par Michel Barnier, s’annonçait comme un texte hautement stratégique et profondément clivant, cristallisant les tensions autour de la politique sociale française, notamment sur les points suivants :
– Stratégie assumée de maîtrise des dépenses publiques.
– Recherche d’un équilibre budgétaire sous contrainte.
– Réduction programmée du déficit de la Sécurité sociale.
– Approche technocratique de la gestion sociale.
Mesures controversées

– Désindexation de certaines prestations sociales.
– Réduction potentielle des remboursements de médicaments.
– Ajustements fiscaux impactant le pouvoir d’achat.
– Resserrement des critères d’éligibilité aux aides sociales.
Avec les risques de :
– Fragilisation des populations vulnérables.
– Potentielle remise en cause du modèle social français.
– Tensions syndicales et politiques prévisibles.
– Confrontation idéologique sur le modèle de protection sociale.
Perspective critique
Le PLFSS 2025 illustre un tournant potentiellement radical dans la conception des politiques sociales, privilégiant une logique budgétaire à court terme sur une vision stratégique de long terme.
La question centrale demeure : entre nécessité budgétaire et justice sociale, quel compromis fallait-il faire ?
Le recours de trop
L’exécutif français, dans une manœuvre désormais récurrente, a une nouvelle fois voulut contourner la délibération parlementaire en invoquant l’article 49.3 de la Constitution. Face à cette offensive institutionnelle, l’opposition – représentée principalement par le Nouveau Front Populaire (NFP) et le Rassemblement National (RN) – a immédiatement réagi, conformément aux prérogatives constitutionnelles du 4 octobre 1958, en actant une motion de censure contre le gouvernement.
Acculé par ce vote, l’équipe ministérielle n’a pas tardé à acter sa démission, par la voix de son Premier ministre, Michel Barnier, auprès du président Emmanuel Macron. Cette déconvenue gouvernementale s’inscrit dans une séquence politique tumultueuse, faisant suite à la démission de Gabriel Attal intervenue le 16 juillet dernier.
La classe politique française révèle un moment inédit de convergence : l’opposition transcende ses traditionnelles lignes de fracture idéologiques pour une action commune. Marine Le Pen, figure emblématique du Rassemblement National, justifie cette alliance conjoncturelle par un impératif supérieur : « Protéger les Français. »
Cette posture unitaire, qui dépasse les clivages partisans historiques, traduit une volonté de présenter un front républicain face aux manœuvres gouvernementales. Un positionnement stratégique qui pourrait redessiner les contours du paysage politique national.
J’ai envie de dire, Voilà ce qu’on attend d’une opposition !
Pourquoi toutes ces mesures?
Selon Louis Paul Motazé, ministre Camerounais des finances, l’IRPP, est un moyen parmi tant d’autres pour l’Etat d’élargir davantage l’assiette fiscale du pays, et pour le désormais ex premier ministre français, Michel Barnier, le PLSS 2025 était une réponse importante aux attentes et demandes des Français. Non sans souligner le déficit abyssal du pays lors de son dernier discours à l’hémicycle «J’aurais préféré distribuer de l’argent, même si nous n’en avons pas.»
Déficits, parlons s’en
Le déficit, la dette, le pouvoir d’achat et l’inflation sont des réalités économiques des deux pays. Par exemple en France, à la fin du deuxième trimestre 2024, la dette publique au sens de Maastricht s’élevait à 3 228,4 Md€, soit une augmentation de 68,9 Md€, après +58,2 Md€ au trimestre précédent.
Au Cameroun, selon la direction générale du budget (DGB), au terme du mois de septembre 2024, la dette publique du Cameroun représente 44,0% du PIB. En Valeur Nominale, son encours estimé à 13504 milliards de FCFA connaît une baisse de 0,4% en glissement mensuel, ainsi que des hausses de 1,9% en glissement trimestriel et 5,6% en glissement annuel.
En somme : La perspective d’une trajectoire de dette nationale, bien que marginalement atténuée, demeure préoccupante.
France/Cameroun : le couple parfait
La France et le Cameroun, deux nations confrontées à un endettement croissant, illustrent des contrastes frappants dans leurs dynamiques socio-politiques, alors que leurs populations dénoncent les inégalités sociales persistantes.
Sauf que d’un côté, la France bénéficie d’une opposition vigoureuse et réactive, capable de transcender les clivages partisans pour s’unir autour d’objectifs communs, même ponctuellement. Cette capacité à forger des alliances stratégiques témoigne d’une maturité politique qui permet d’influencer les grandes orientations nationales.
Mais de l’autre côté, le Cameroun présente un tableau nettement différent. L’opposition, fragmentée et souvent jugée amorphe, peine à s’affirmer comme une force de proposition et de mobilisation. Les actions, dispersées et désordonnées, contrastent avec l’urgence des défis auxquels le pays est confronté.
Toutefois, malgré les pressions et la répression auxquelles elle fait face, l’opposition camerounaise gagnerait à s’inspirer des pratiques qui ont fait leurs preuves ailleurs. Adopter les exemples édifiants ne devrait jamais être une source de honte, mais plutôt un catalyseur pour l’émergence d’un changement durable. Point Final !